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Arthur Rimbaud (Charleville 1854 - Marseille 1891)

Sensation

Par les soirs bleus d'été j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas ; je ne penserai rien:
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, -heureux comme avec une femme.

1870


Ma bohème

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal;
Oh! là! là! que d'amours splendides j'ai rêvées!

Mon unique culotte avait un large trou.
- Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques,
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur!

1870


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Simone de BEAUVOIR (Paris 1908 - id. 1986)
Mémoires d'une jeune fille rangée
Folio, Éditions Gallimard, 1958, p.480-481.

... " Je ne suis plus sûr de ce que je pense, ni même de penser ", notai-je désarçonnée. Je n'y mettais aucun amour-propre. J'étais beaucoup plus curieuse qu'impérieuse, j'aimais mieux apprendre que briller. Mais tout de même, après tant d'années d'arrogante solitude, c'était un sérieux événement de découvrir que je n'étais ni l'unique ni la première : une parmi d'autres, et soudain incertaine de ses véritables capacités. Car Sartre n'était pas le seul qui m'obligeât à la modestie : Nizan, Aron, Politzer avaient sur moi une avance considérable. J'avais préparé le concours à la va-vite : leur culture était plus solide que la mienne, ils étaient au courant d'un tas de nouveautés que j'ignorais, ils avaient l'habitude de la discussion ; surtout, je manquais de méthode et de perspectives ; l'univers intellectuel était pour moi un vaste fatras où je me dirigeais à tâtons ; eux, leur recherche était du moins en gros, orientée. Déjà il y avait entre eux d'importantes divergences ; on reprochait à Aron sa complaisance pour l'idéalisme de Brunschvicg ; mais tous avaient tiré beaucoup plus radicalement que moi les conséquences de l'inexistence de Dieu et ramené la philosophie du ciel sur terre. Ce qui m'en imposait aussi c'est qu'ils avaient une idée assez précise des livres qu'ils voulaient écrire. Moi j'avais rabâché que " je dirais tout " ; c'était trop et trop peu. Je découvris avec inquiétude que le roman pose mille problèmes que je n'avais soupçonnés.

Je ne me décourageai pas pourtant ; l'avenir me semblait soudain plus difficile que je ne l'avais escompté mais il était aussi plus réel et plus sûr ; au lieu d'informes possibilités, je voyais s'ouvrir devant moi un champ clairement défini, avec ses problèmes, ses tâches, ses matériaux, ses instruments, ses résistances. Je ne me demandai plus : que faire ? Il y avait tout à faire ; tout ce qu'autrefois j'avais souhaité faire : combattre l'erreur, trouver la vérité, la dire, éclairer le monde, peut être même aider à le changer. Il me faudrait du temps, des efforts pour tenir, ne fût-ce qu'une partie des promesses que je m'étais faites : mais cela ne m'effrayait pas. Rien n'était gagné : tout restait possible.
...


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Victor HUGO (Besçanson 1802 - Paris 1885)
Post-scriptum de ma vie. Éditions Calman-Lévy, 1901

Concision dans le style, précision dans la pensée, décision dans la vie.


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Anna de Noailles (Paris 1877- id. 1933)
Le Coeur innombrable. Éditions Calman-Lévy, 1901

L'Ardeur

Rire ou pleurer, mais que le coeur
Soit plein de parfums comme un vase,
Et contienne jusqu'à l'extase
La force vive ou la langueur.

Avoir la douleur ou la joie,
Pourvu que le coeur soit profond
Comme un arbre où des ailes font
Trembler le feuillage qui ploie;

S'en allant pensant ou rêvant,
Mais que le coeur donne sa sève
Et que l'âme chante et se lève
Comme une vague dans le vent.

Que le coeur s'éclaire ou se voile,
Qu'il soit sombre ou vif tour à tour,
Mais que son ombre et que son jour
Aient le soleil ou les étoiles...


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Debussy (1862-1918) : Monsieur Croche et autres écrits.
L'Imaginaire, Éditions Gallimard, 1987

La musique française, c'est la clarté, l'élégance, la déclamation simple et naturelle ; la musique française, veut avant tout, faire plaisir. Couperin, Rameau, voilà de vrais Français ! ... Le génie musical de la France, c'est quelque chose comme la fantaisie dans la sensibilité.


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Pétrarque (1304-1374) : L'ascension du mont Ventoux (le 26 avril 1336).
Éditions L'Or des mots, 1996

En vérité, ce que nous appelons bonheur se situe en haut lieu, et c'est la voie dite étroite qui y mène. Nombreuses aussi sont les montées qui interrompent le chemin, et de vertu en vertu il faut progresser par degrés bien affirmés. Au sommet, tout s'achève ; c'est le bout de la route, vers lequel s'organise notre voyage. Y parvenir, c'est le désir de tous. Mais comme dit Ovide, « Désirer ne suffit pas ; il faut, pour posséder l'objet, de la passion ».


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Molière/Corneille  : Psyché (1671)

Acte III - Scène III

L'AMOUR, PSYCHÉ, ZÉPHIRE.

L'AMOUR
Le voilà ce serpent, ce monstre impitoyable,
Qu'un oracle étonnant pour vous a préparé,
Et qui n'est pas peut-être à tel point effroyable
Que vous vous l'êtes figuré.

PSYCHÉ
Vous, Seigneur, vous seriez ce monstre dont l'oracle
A menacé mes tristes jours,
Vous qui semblez plutôt un Dieu qui, par miracle,
Daigne venir lui-même à mon secours!

L'AMOUR
Quel besoin de secours au milieu d'un empire
Où tout ce qui respire
N'attend que vos regards pour en prendre la loi,
Où vous n'avez à craindre autre monstre que moi?

PSYCHÉ
Qu'un monstre tel que vous inspire peu de crainte!
Et que s'il a quelque poison,
Une âme aurait peu de raison
De hasarder la moindre plainte
Contre une favorable atteinte
Dont tout le coeur craindrait la guérison!
À peine je vous vois, que mes frayeurs cessées
Laissent évanouir l'image du trépas,
Et que je sens couler dans mes veines glacées
Un je ne sais quel feu que je ne connais pas.
J'ai senti de l'estime et de la complaisance,
De l'amitié, de la reconnaissance;
De la compassion les chagrins innocents
M'en ont fait sentir la puissance;
Mais je n'ai point encor senti ce que je sens.
Je ne sais ce que c'est, mais je sais qu'il me charme,
Que je n'en conçois point d'alarme;
Plus j'ai les yeux sur vous, plus je m'en sens charmer:
Tout ce que j'ai senti n'agissait point de même,
Et je dirais que je vous aime,
Seigneur, si je savais ce que c'est que d'aimer.
Ne les détournez point, ces yeux qui m'empoisonnent,
Ces yeux tendres, ces yeux perçants, mais amoureux,
Qui semblent partager le trouble qu'ils me donnent.
Hélas! plus ils sont dangereux,
Plus je me plais à m'attacher sur eux.
Par quel ordre du Ciel, que je ne puis comprendre,
Vous dis-je plus que je ne doi,
Moi de qui la pudeur devrait du moins attendre
Que vous m'expliquassiez le trouble où je vous voi?
Vous soupirez, Seigneur, ainsi que je soupire;
Vos sens comme les miens paraissent interdits;
C'est à moi de m'en taire, à vous de me le dire,
Et cependant c'est moi qui vous le dis.

L'AMOUR
Vous avez eu, Psyché, l'âme toujours si dure,
Qu'il ne faut pas vous étonner
Si, pour en réparer l'injure,
L'amour, en ce moment, se paye avec usure
De ceux qu'elle a dû lui donner.
Ce moment est venu qu'il faut que votre bouche
Exhale des soupirs si lontemps retenus,
Et qu'en vous arrachant à cette humeur farouche,
Un amas de transports aussi doux qu'inconnus
Aussi sensiblement tout à la fois vous touche,
Qu'ils ont dû vous toucher durant tant de beaux jours
Dont cette âme insensible a profané le cours.

PSYCHÉ
N'aimer point, c'est donc un grand crime!

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Gérard de NERVAL  (1808-1855) : Les Chimères (1854)

Vers dorés

Eh quoi! tout est sensible.
Pythagore

Homme! libre penseur! te crois-tu seul pensant
Dans ce monde où la vie éclate en toute chose?
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l'univers est absent.

Respecte dans la bête un esprit agissant:
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose;
Un mystère d'amour dans le métal repose;
"Tout est sensible!" Et tout sur ton être est puissant.

Crains, dans le mur aveugle, un regard qui t'épie:
A la matière même un verbe est attaché...
Ne la fais pas servir à quelque usage impie!

Souvent dans l'être obscur habite un Dieu caché;
Et, comme un oeil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres!


(Publiés à la suite des Filles du feu)

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Michel Eyquem de MONTAIGNE  (1533-1592) : Les Essais (1595)

Au demeurant, ce que nous appellons ordinairement amis et amitiez, ce ne sont qu'accoinctances et familiaritez nouees par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos ames s'entretiennent. En l'amitié dequoy je parle, elles se meslent et confondent l'une en l'autre, d'un meslange si universel, qu'elles effacent, et ne retrouvent plus la cousture qui les a joinctes. Si on me presse de dire pourquoy je l'aymoys, je sens que cela ne se peut exprimer, qu'en respondant : Par ce que c'estoit luy, par ce que c'estoit moy.

Il y a au delà de tout mon discours, et de ce que j'en puis dire particulierement, je ne sçay quelle force inexplicable et fatale, mediatrice de cette union. Nous nous cherchions avant que de nous estre veus, et par des rapports que nous oyïons l'un de l'autre : qui faisoient en nostre affection plus d'effort, que ne porte la raison des rapports : je croy par quelque ordonnance du ciel. Nous nous embrassions par noz noms. Et à nostre premiere rencontre, qui fut par hazard en une grande feste et compagnie de ville, nous nous trouvasmes si prins, si cognus, si obligez entre nous, que rien des lors ne nous fut si proche, que l'un à l'autre. Il escrivit une Satyre Latine excellente, qui est publiee : par laquelle il excuse et explique la precipitation de nostre intelligence, si promptement parvenue à sa perfection. Ayant si peu à durer, et ayant si tard commencé (car nous estions tous deux hommes faicts : et luy plus de quelque annee) elle n'avoit point à perdre temps. Et n'avoit à se regler au patron des amitiez molles et regulieres, aus quelles il faut tant de precautions de longue et preallable conversation. Cette cy n'a point d'autre idee que d'elle mesme, et ne se peut rapporter qu'à soy. Ce n'est pas une speciale consideration, ny deux, ny trois, ny quatre, ny mille : c'est je ne sçay quelle quinte-essence de tout ce meslange, qui ayant saisi toute ma volonté, l'amena se plonger et se perdre dans la sienne, qui ayant saisi toute sa volonté, l'amena se plonger et se perdre en la mienne : d'une faim, d'une concurrence pareille. Je dis perdre à la verité, ne nous reservant rien qui nous fust propre, ny qui fust ou sien ou mien.

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Marcel PROUST (1871-1922) 
À la recherche du temps perdu (1913-1927)
Du côté de chez Swann (1913)

Mais ma grand-mère, même si le temps trop chaud s'était gâté, si un orage ou seulement un grain était survenu, venait me supplier de sortir. Et ne voulant pas renoncer à ma lecture, j'allais du moins la continuer au jardin, sous le marronnier, dans une petite guérite en sparterie et en toile au fond de laquelle j'étais assis et me croyais caché aux yeux des personnes qui pourraient venir faire visite à mes parents.

Et ma pensée n'était-elle pas aussi comme une autre crèche au fond de laquelle je sentais que je restais enfoncé, même pour regarder ce qui se passait au-dehors ? Quand je voyais un objet extérieur, la conscience que je le voyais restait entre moi et lui, le bordait d'un mince liséré spirituel qui m'empêchait de jamais toucher directement sa matière ; elle se volatilisait en quelque sorte avant que je prisse contact avec elle, comme un corps incandescent qu'on approche d'un objet mouillé ne touche pas son humidité parce qu'il se fait toujours précéder d'une zone d'évaporation. Dans l'espèce d'écran diapré d'états différents que, tandis que je lisais, déployait simultanément ma conscience, et qui allaient des aspirations les plus profondément cachées en moi-même jusqu'à la vision tout extérieure de l'horizon que j'avais, au bout du jardin, sous les yeux, ce qu'il y avait d'abord en moi, de plus intime, la poignée sans cesse en mouvement qui gouvernait le reste, c'était ma croyance en la richesse philosophique, en la beauté du livre que je lisais, et mon désir de me les approprier, quel que fût ce livre. Car, même si je l'avais acheté à Combray, en l'apercevant devant l'épicerie Borange, trop distante de la maison pour que Françoise pût s'y fournir comme chez Camus, mais mieux achalandée comme papeterie et librairie, retenu par des ficelles dans la mosaïque des brochures et des livraisons qui revêtaient les deux vantaux de sa porte plus mystérieuse, plus semée de pensées qu'une porte de cathédrale, c'est que je l'avais reconnu pour m'avoir été cité comme un ouvrage remarquable par le professeur ou le camarade qui me paraissait à cette époque détenir le secret de la vérité et de la beauté à demi pressenties, à demi incompréhensibles, dont la connaissance était le but vague mais permanent de ma pensée.

Après cette croyance centrale qui, pendant ma lecture, exécutait d'incessants mouvements du dedans au dehors, vers la découverte de la vérité, venaient les émotions que me donnait l'action à laquelle je prenais part, car ces après midi-là étaient plus remplis d'événements dramatiques que ne l'est souvent toute une vie. C'était les événements qui survenaient dans le livre que je lisais ; il est vrai que les personnages qu'ils affectaient n'étaient pas "réels", comme disait Françoise. Mais tous les sentiments que nous font éprouver la joie ou l'infortune d'un personnage réel ne se produisent en nous que par l'intermédiaire d'une image de cette joie ou de cette infortune; l'ingéniosité du premier romancier consista à comprendre que dans l'appareil de nos émotions, l'image étant le seul élément essentiel, la simplification qui consisterait à supprimer purement et simplement les personnages réels serait un perfectionnement décisif. Un être réel, si profondément que nous sympathisions avec lui, pour une grande part est perçu par nos sens, c'est-à-dire nous reste opaque, offre un poids mort que notre sensibilité ne peut soulever. Qu'un malheur le frappe, ce n'est qu'en une petite partie de la notion totale que nous avons de lui, que nous pourrons en être émus, bien plus, ce n'est qu'en une partie de la notion totale qu'il a de soi, qu'il pourra l'être lui-même. La trouvaille du romancier a été d'avoir l'idée de remplacer ces parties impénétrables à l'âme par une quantité égale de parties immatérielles, c'est-à-dire que notre âme peut s'assimiler. Qu'importe dès lors que les actions, les émotions de ces êtres d'un nouveau genre nous apparaissent comme vraies, puisque nous les avons faites nôtres, puisque c'est en nous qu'elles se produisent, qu'elles tiennent sous leur dépendance, tandis que nous tournons fiévreusement les pages du livre, la rapidité de notre respiration et l'intensité de notre regard. Et une fois que le romancier nous a mis dans cet état, où comme dans tous les états purement intérieurs, toute émotion est décuplée, où son livre va nous troubler à la façon d'un rêve mais d'un rêve plus clair que ceux que nous avons en dormant et dont le souvenir durera davantage, alors, voici qu'il déchaîne en nous pendant une heure tous les bonheurs et tous les malheurs possibles dont nous mettrions dans la vie des années à connaître quelques-uns, et dont les plus intenses ne nous seraient jamais révélés parce que la lenteur avec laquelle ils se produisent nous en ôte la perception; (ainsi notre coeur change, dans la vie, et c'est la pire douleur; mais nous ne la connaissons que dans la lecture, en imagination: dans la réalité il change, comme certains phénomènes de la nature se produisent, assez lentement pour que, si nous pouvons constater successivement chacun de ses états différents, en revanche la sensation même du changement nous soit épargnée).

Déjà moins intérieur à mon corps que cette vie des personnages, venait ensuite, à demi projeté devant moi, le paysage où se déroulait l'action et qui exerçait sur ma pensée une bien plus grande influence que l'autre, que celui que j'avais sous les yeux quand je les levais du livre. C'est ainsi que pendant deux étés, dans la chaleur du jardin de Combray, j'ai eu, à cause du livre que je lisais alors, la nostalgie d'un pays montueux et fluviatile, où je verrais beaucoup de scieries et où, au fond de l'eau claire, des morceaux de bois pourrissaient sous des touffes de cresson; non loin montaient le long de murs bas, des grappes de fleurs violettes et rougeâtres. Et comme le rêve d'une femme qui m'aurait aimé était toujours présent à ma pensée, ces étés-là ce rêve fût imprégné de la fraîcheur des eaux courantes; et quelle que fût la femme que j'évoquais, des grappes de fleurs violettes et rougeâtres s'élevaient aussitôt de chaque côté d'elle comme des couleurs complémentaires. Ce n'était pas seulement parce qu'une image dont nous rêvons reste toujours marquée, s'embellit et bénéficie du reflet des couleurs étrangères qui par hasard l'entourent dans notre rêverie ; car ces paysages des livres que je lisais n'étaient pas pour moi que des paysages plus vivement représentés à mon imagination que ceux que Combray mettait sous mes yeux, mais qui eussent été analogues. Par le choix qu'en avait fait l'auteur, par la foi avec laquelle ma pensée allait au-devant de sa parole comme d'une révélation, ils me semblaient être - impression que ne me donnait guère le pays où je me trouvais, et surtout notre jardin, produit sans prestige de la correcte fantaisie du jardinier que méprisait ma grand-mère - une part véritable de la Nature elle-même, digne d'être étudiée et approfondie.

Si mes parents m'avaient permis, quand je lisais un livre, d'aller visiter la région qu'il décrivait, j'aurais cru faire un pas inestimable dans la conquête de la vérité. Car si on a la sensation d'être toujours entouré de son âme, ce n'est pas comme d'une prison immobile; plutôt on est comme emporté avec elle dans un perpétuel élan pour la dépasser, pour atteindre à l'extérieur, avec une sorte de découragement, entendant toujours autour de soi cette sonorité identique qui n'est pas écho du dehors mais retentissement d'une vibration interne. On cherche à retrouver dans les choses, devenues par là précieuses, le reflet que notre âme a projeté sur elles, on est déçu en constatant qu'elles semblent dépourvues dans la nature du charme qu'elles devaient, dans notre pensée, au voisinage de certaines idées ; parfois on convertit toutes les forces de cette âme en habileté, en splendeur pour agir sur des êtres dont nous sentons bien qu'ils sont situés en dehors de nous et que nous ne les atteindrons jamais. Aussi, si j'imaginais toujours autour de la femme que j'aimais, les lieux que je désirais le plus alors, si j'eusse voulu que ce fût elle qui me les fit visiter, qui m'ouvrit l'accès d'un monde inconnu, ce n'était pas par le hasard d'une simple association de pensée; non, c'est que mes rêves de voyage et d'amour n'étaient que des moments- que je sépare artificiellement aujourd'hui comme si je pratiquais des sections à des hauteurs différentes d'un jet d'eau irisé et en apparence immobile - dans un même et infléchissable jaillissement de toutes les forces de ma vie.

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Léon TOLSTOÏ (1828-1910) : Anna Karénine (1877)

Après cette heure, il s'en passa une autre, puis deux, puis trois : les cinq heures qu'il avait assignées comme terme ultime à sa patience s'étaient écoulées et la situation restait toujours la même ; et il rongeait son frein, parce qu'il n'y avait rien d'autre à faire que de ronger son frein ; à chaque minute, il pensait qu'il atteignait la limite de l'endurance et que son coeur allait se briser de compassion.

Mais les minutes, puis les heures se succédaient et le sentiment de ses souffrances et de sa terreur croissait d'instant en instant.

Toutes les conditions ordinaires de la vie, en dehors desquelles on ne peut rien se représenter, avaient cessé d'exister pour Lévine. Il avait perdu la notion du temps. Tantôt les minutes lui semblaient des heures, lorsque Kitty l'appelait près de lui et qu'il tenait en sa main moite qui serrait la sienne avec une force inusitée pour le repousser la seconde d'après, tantôt les heures lui semblaient des minutes.

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Gustave FLAUBERT (1821-1880) : Madame Bovary (1856)

-- Eh quoi ! dit-il, ne savez-vous pas qu'il y a des âmes sans cesse tourmentées ? Il leur faut tour à tour le rêve et l'action, les passions les plus pures, les jouissances les plus furieuses, et l'on se jette ainsi dans toutes sortes de fantaisies, de folies.

Alors elle le regarda comme on contemple un voyageur qui a passé par des pays extraordinaires, et elle reprit :

-- Nous n'avons pas même cette distraction, nous autres pauvres femmes !

-- Triste distraction, car on n'y trouve pas le bonheur.

-- Mais le trouve-t-on jamais ? demanda-t-elle.

-- Oui, il se rencontre un jour, répondit-il.

" Et c'est là ce que vous avez compris, disait le Conseiller. Vous, agriculteurs et ouvriers des campagnes ; vous, pionniers pacifiques d'une oeuvre toute de civilisation ! vous, hommes de progrès et de moralité ! vous avez compris, dis-je, que les orages politiques sont encore plus redoutables vraiment que les désordres de l'atmosphère... "

-- Il se rencontre un jour, répéta Rodolphe, un jour, tout à coup, et quand on en désespérait. Alors des horizons s'entrouvrent, c'est comme une voix qui crie : " Le voilà ! " Vous sentez le besoin de faire à cette personne la confidence de votre vie, de lui donner tout, de lui sacrifier tout ! On ne s'explique pas, on se devine. On s'est entrevu dans ses rêves. ( Et il la regardait. ) Enfin, il est là, ce trésor que l'on a tant cherché, là, devant vous ; il brille, il étincelle. Cependant on en doute encore, on n'ose y croire ; on en reste ébloui ; comme si l'on sortait des ténèbres à la lumière.

Et, en achevant ces mots, Rodolphe ajouta la pantomime à sa phrase. Il se passa la main sur le visage, tel qu'un homme pris d'étourdissement ; puis il la laissa retomber sur celle d'Emma. Elle retira la sienne. Mais le Conseiller lisait toujours :

" Et qui s'en étonnerait, messieurs ? Celui-là seul qui serait assez aveugle, assez plongé ( Je ne crains pas de le dire ) , assez plongé dans les préjugés d'un autre âge pour méconnaître encore l'esprit des populations agricoles. Où trouver, en effet, plus de patriotisme que dans les campagnes, plus de dévouement à la cause publique, plus d'intelligence en un mot ? Et je n'entends pas, messieurs, cette intelligence superficielle, vain ornement des esprits oisifs, mais plus de cette intelligence profonde et modérée, qui s'applique par-dessus toute chose à poursuivre des buts utiles, contribuant ainsi au bien de chacun, à l'amélioration commune et au soutien des Etats, fruit du respect des lois et de la pratique des devoirs... "

-- Ah ! encore, dit Rodolphe. Toujours les devoirs, je suis assommé de ces mots-là. Ils sont un tas de vieilles ganaches en gilet de flanelle, et de bigotes à chaufferette et à chapelet, qui continuellement nous chantent aux oreilles : " Le devoir ! le devoir ! " Eh ! Parbleu ! le devoir, c'est de sentir ce qui est grand, de chérir ce qui est beau, et non pas d'accepter toutes les conventions de la société, avec les ignominies qu'elle nous impose.

-- Cependant..., cependant..., objectait madame Bovary.

-- Eh non ! pourquoi déclamer contre les passions ? Ne sont-elles pas la seule belle chose qu'il y ait sur la terre, la source de l'héroïsme, de l'enthousiasme, de la poésie, de la musique, des arts, de tout enfin ?

-- Mais il faut bien, dit Emma, suivre un peu l'opinion du monde et obéir à sa morale.

-- Ah ! c'est qu'il y en a deux, répliqua-t-il. La petite, la convenue, celle des hommes, celle qui varie sans cesse et qui braille si fort, s'agite en bas, terre à terre, comme ce rassemblement d'imbéciles que vous voyez. Mais l'autre, l'éternelle, elle est tout autour et au-dessus, comme le paysage qui nous environne et le ciel bleu qui nous éclaire.

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Jean RACINE (1639-1699) : Bajazet (1672)

Ne vous informez point ce que je deviendrai.
Peut-être à mon destin, seigneur, j'obéirai.
Que sais-je ? à ma douleur je chercherai des charmes.
Je songerai peut-être, au milieu de mes larmes,
Qu'à vous perdre pour moi vous étiez résolu ;
Que vous vivez ; qu'enfin c'est moi qui l'ai voulu.
(Acte II, scène IV : Atalide)

Je ne vous ferai point des reproches frivoles :
Les moments sont trop chers pour les perdre en paroles.
(Acte V, scène IV : Roxane)

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Jean de La FONTAINE (1621-1695)
Les Fables (Livre XII, fable XIV)
L'Amour et la Folie

Tout est mystère dans l'amour,
Ses flèches, son carquois, son flambeau, son enfance :
Ce n'est pas l'ouvrage d'un jour
Que d'épuiser cette science.
Je ne prétends donc point tout expliquer ici :
Mon but est seulement de dire, à ma manière,
Comment l'aveugle que voici
(C'est un dieu), comment, dis-je, il perdit la lumière,
Quelle suite eut ce mal, qui peut-être est un bien ;
J'en fais juge un amant, et ne décide rien.
La Folie et l'Amour jouaient un jour ensemble :
Celui-ci n'était pas encor privé des yeux.
Une dispute vint : l'Amour veut qu'on assemble
Là-dessus le conseil des dieux ;
L'autre n'eut pas la patience ;
Elle lui donne un coup si furieux,
Qu'il en perd la clarté des cieux.
Vénus en demande vengeance.
Femme et mère, il suffit pour juger de ses cris :
Les dieux en furent étourdis,
Et Jupiter, et Némésis,
Et les juges d'enfer, enfin toute la bande.
Elle représenta l'énormité du cas :
Son fils, sans un bâton, ne pouvait faire un pas :
Nulle peine n'était pour ce crime assez grande :
Le dommage devait être aussi réparé.
Quand on eut bien considéré
L'intérêt du public, celui de la partie,
Le résultat enfin de la suprême cour
Fut de condamner la Folie
A servir de guide à l'Amour.

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Jacques PRÉVERT : Les Enfants du paradis (1945)
C'est tellement simple, l'amour.

Jacques PRÉVERT : Paroles (1949)
Cet Amour

Cet amour
Si violent
Si fragile
Si tendre
Si désespéré
Cet amour
Beau comme le jour
Et mauvais comme le temps
Quand le temps est mauvais
Cet amour si vrai
Cet amour si beau
Si heureux
Si joyeux
Et si dérisoire
Tremblant de peur comme un enfant dans le noir
Et si sûr de lui
Comme un homme tranquille au milieu de la nuit
Cet amour qui faisait peur aux autres
Qui les faisait parler
Qui les faisait blêmir
Cet amour guetté
Parce que nous le guettions
Traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Parce que nous l'avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Cet amour tout entier
Si vivant encore
Et tout ensoleillé
C'est le tien
C'est le mien
Celui qui a été
Cette chose toujours nouvelle
Et qui n'a pas changé
Aussi vraie qu'une plante
Aussi tremblante qu'un oiseau
Aussi chaude aussi vivante que l'été
Nous pouvons tous les deux
Aller et revenir
Nous pouvons oublier
Et puis nous rendormir
Nous réveiller souffrir vieillir
Nous endormir encore
Rêver à la mort
Nous éveiller sourire et rire
Et rajeunir
Notre amour reste là
Têtu comme une bourrique
Vivant comme le désir
Cruel comme la mémoire
Bête comme les regrets
Tendre comme le souvenir
Froid comme le marbre
Beau comme le jour
Fragile comme un enfant
Il nous regarde en souriant
Et il nous parle sans rien dire
Et moi j'écoute en tremblant
Et je crie
Je crie pour toi
Je crie pour moi
Je te supplie
Pour toi pour moi et pour tous ceux qui s'aiment
Et qui se sont aimés
Oui je lui crie
Pour toi pour moi et pour tous les autres
Que je ne connais pas
Reste là
Là où tu es
Là où tu étais autrefois
Reste là
Ne bouge pas
Ne t'en va pas
Nous qui sommes aimés
Nous t'avons oublié
Toi ne nous oublie pas
Nous n'avions que toi sur la terre
Ne nous laisse pas devenir froids
Beaucoup plus loin toujours
Et n'importe où
Donne-nous signe de vie
Beaucoup plus tard au coin d'un bois
Dans la forêt de la mémoire
Surgis soudain
Tends-nous la main
Et sauve-nous.

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Henri MATISSE : La blouse roumaine (1940)
Henri MATISSE : La blouse roumaine (1940)
Centre Pompidou

Louis ARAGON (1897-1982)
Les mains d'Elsa

Donne-moi tes mains pour l'inquiétude
Donne-moi tes mains dont j'ai tant rêvé
Dont j'ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi tes mains que je sois sauvé

Lorsque je les prends à mon pauvre piège
De paume et de peur de hâte et d'émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fond de partout dans mes mains à moi

Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Ce qui me bouleverse et qui m'envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j'ai trahi quand j'ai tressailli

Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d'aimer qui n'a pas de mots

Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D'une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d'inconnu

Donne-moi tes mains que mon coeur s'y forme
S'y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.

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Paroles: Jean-Baptiste Clément
Musique: A. Renard (1866)
Le temps des cerises

Quand nous chanterons le temps des cerises,
Et gai rossignol, et merle moqueur
Seront tous en fête !
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au coeur !
Quand nous chanterons le temps des cerises
Sifflera bien mieux le merle moqueur !

Mais il est bien court, le temps des cerises
Où l'on s'en va deux cueillir en rêvant
Des pendants d'oreilles...
Cerises d'amour aux robes pareilles,
Tombant sous la feuille en gouttes de sang...
Mais il est bien court, le temps des cerises,
Pendants de corail qu'on cueille en rêvant !
Quand vous en serez au temps des cerises,
Si vous avez peur des chagrins d'amour,
Evitez les belles !
Moi qui ne crains pas les peines cruelles
Je ne vivrai pas sans souffrir un jour...
Quand vous en serez au temps des cerises
Vous aurez aussi des chagrins d'amour !

J'aimerai toujours le temps des cerises,

C'est de ce temps-là que je garde au coeur
Une plaie ouverte !

Et dame Fortune, en m'étant offerte
Ne saurait jamais calmer ma douleur...

J'aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au coeur !

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Vincent VAN GOGH : Lettres à son frère Théo (1872-1890).
L'Imaginaire, Éditions Gallimard, 1988

3 septembre 1881

Je veux te confier ce que j'ai sur le coeur. Tu es peut-être déjà au courant; dans ce cas, je ne t'apprendrai rien de neuf. Je suis follement amoureux de K. Quant je lui ai fait ma déclaration, elle m'a répondu que son passé et son avenir demeureraient toujours indivisibles pour elle, qu'elle ne pourrait donc jamais partager mes sentiments.

Un terrible combat s'est alors livré en mon coeur: devais-je me résigner à son «jamais, non, jamais de la vie! », ou au contraire refuser de considérer cette affaire comme terminée et garder encore un peu d'espoir, ne pas renoncer?

Je me suis rallié à la seconde solution. Jusqu'à présent, je ne regrette pas ma décision, bien que je me heurte toujours à ce «jamais, non, jamais de la vie!» Évidemment, j'ai dû supporter depuis lors quelques-unes des petites misères de la vie humaine. Consignées dans un livre, elles auraient peut-être le don d'amuser les lecteurs, mais quand les éprouve soi-même, elles ne ressemblent en rien à des sensations agréables.

Je me félicite d'avoir laissé à d'autres la résignation ou la théorie how not to do it. Moi, je n'ai pas perdu courage.
...

7 septembre 1881

La présente est pour toi seule, tu ne la montreras pas à personne, n'est-ce pas?
...
Il faut avoir aimé, puis désaimé, puis aimer encore !
Aimer encore : ma chère, ma trois fois chère, ma bien-aimée.
...
J'ai pris goût de la vie, vois-tu, et je suis heureux d'aimer. Ma vie et mon amour ne font qu'un. «Mais tu te heurtes à un «jamais, non, jamais de la vie!», m'objecteras-tu. Et je te réponds: «Old boy, je considère provisoirement ce «jamais, non, jamais de la vie!» comme un glaçon qu'il faut serrer sur mon coeur pour le faire fondre.»

Quant à prédire qui l'emportera, le froid de ce glaçon ou la chaleur de ma vie, c'est un problème délicat sur lequel je préfère ne pas prononcer en ce moment.
...
Ce fut terrible, ô mon Dieu, lorsque j'ai entendu cet été ce «jamais, non, jamais de la vie!», bien que je ne fusse pas pris au dépourvu. J'ai senti peser sur moi à ce moment un poids aussi écrasant que la damnation - et, oui - cela m'a jeté un moment par terre, si j'ose dire.

Mais de l'indescriptible angoisse de mon âme a jailli en moi une idée, telle une vive clarté dans la nuit : qui peut se résigner, se résigne, mais si vous pouvez croire, croyez! Et je me suis relevé, non comme un résigné, mais comme un croyant, et je n'ai plus eu d'autre pensée que : elle et aucune autre.

Tu me demanderas: De quoi vivrez-vous si tu la conquiers? ou tu me diras: Tu ne l'auras pas. Mais non, tu me demanderas pas cela. Qui aime vit, qui vit travaille, qui travaille à du pain.

Ainsi donc, je suis calme et rassuré; c'est cet état d'âme qui influe sur mon travail, je m'y suis jeté à corps perdu, précisément parce que je me rends compte que je réussirai. Je ne prétends pas que je deviendrai quelqu'un d'extraordinaire mais quand même quelqu'un «d'ordinaire», et j'entends par «ordinaire» que mon oeuvre sera saine et raisonnable, qu'elle aura raison d'être et qu'elle servira à quelque chose. Je crois que rien ne nous rejette aussi bien dans la réalité qu'un amour véritable. Celui qui tombe dans la réalité est-il donc dans un mauvais chemin. Je ne le crois pas. A quoi comparer ce sentiment étrange, cette découverte bizarre qui s'appelle «aimer»? Car l'homme qui tombe amoureux découvre vraiment un nouvel hémisphère dans son existence.

C'est pourquoi je te souhaite de tomber amoureux, toi aussi. Mais il faut pour cela une elle. Il en est de cette elle comme d'autres choses ; qui cherche finit par trouver, bien que le fait de trouver soit pour nous une chance et non un mérite.
...

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Jean-Jaques ROUSSEAU : Essai sur l'origine des langues (1754-1761)

... On ne commença pas par raisoner mais par sentir. On prétend que les hommes inventérent la parole pour exprimer leurs besoins; cette opinion me paroit insoutenable. L'effet naturel des prémiers besoins fut d'écarter les hommes et non de les rapprocher. Il le faloit ainsi pour que l'espèce vint à s'étendre et que la terre se peuplât promptement; sans quoi le genre humain se fût entassé dans un coin du monde, et tout le reste fût demeuré desert.

De cela seul suit avec evidence que l'origine des langues n'est point düe aux premiers besoins des hommes; il seroit absurde que la cause qui les écarte vint le moyen qui les unit. D'où peut donc venir cette origine? Des besoins moraux, des passions. Toutes les passions rapprochent les hommes que la necessité de chercher à vivre force à se fuir. Ce n'est ni la faim, ni la soif, mais l'amour, la haine, la pitié, la colère qui leur ont arraché les prémiéres voix. Les fruits ne se dérobent point à nos mains, on peut s'en nourrir sans parler, on pourrait en silence la proye dont on veut se repaitre; mais pour émouvoir un jeune coeur, pour repousser un aggresseur injuste la nature dicte des accens, des cris, des plaintes : voila les plus anciens mots inventé, et voila pourquoi les prémiéres langues furent chantantes et passionnées avant d'être simple et méthodiques.


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Charles BAUDELAIRE
Les Fleurs du mal (1861)

Recueillement

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir; il descend; le voici:
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main; viens par ici,

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant;

Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

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Van Gogh : Le Café, le soir (Arles 1888)
Van Gogh : le Café, le soir
Arles (1888)
Rijksmuseum Kroller-Mueller

SAND et MUSSET (les Épistolaires) : Le Roman de Venise (1830-1844)

Alfred de Musset à George Sand (Aurore Dudevant)

Paris, 23 août 1834.

...Quant à nos rapports à venir, tu décideras seule, sur quoi que ce soit qui regarde ma vie, parle, dis un mot, mon enfant, ma vie est à toi. Ecris-moi d'aller mourir en silence dans un coin de la terre à trois cents lieues de toi, j'irai. Consulte ton coeur, si tu crois que Dieu te le dit, tâche de défendre notre amitié ; réserve-toi de pouvoir encore m'envoyer de temps en temps une poignée de main, un mot, une larme. Hélas ! ce sont là tous mes biens. Mais si tu crois devoir sacrifier notre amitié, si mes lettres, même hors de France, troublent ton bonheur, mon enfant, ou seulement ton repos, n'hésite pas. Oublie-moi. Je te le dis, je puis souffrir beaucoup sans me plaindre, à présent.

Sois heureuse, à tout prix. Oh ! sois heureuse, bien-aimée de mon âme ! Le temps est inexorable, la mort avare, les dernières années de la jeunesse s'envolent plus rapidement que les premières. Sois heureuse, ou, si tu ne l'es pas, tâche d'oublier qu'on peut l'être. Hier, tu me disais qu'on ne l'était jamais. Que t'ai-je répondu ? Je n'en sais rien. Hélas ! ce n'est pas à moi d'en parler. Les condamnés à mort ne renient pas leur Dieu.

Sois heureuse, aie du courage, de la patience, de la pitié ; tâche de vaincre un juste orgueil, rétrécis ton coeur, mon grand George, tu en as trop pour une poitrine humaine. Mais si tu renonces à la vie, si tu te retrouves jamais seule en face du malheur, rappelle-toi le serment que tu m'as fait : « Ne meurs pas sans moi. » Souviens-t'en, souviens-t'en, tu me l'as promis devant Dieu...


Vers d'Alfred de Musset écrits de la main de George Sand

Porte ta vie ailleurs, ô toi qui fus ma vie ;
Verse ailleurs ce trésor que j'avais pour tout bien.
Va chercher d'autres lieux, toi qui fus ma patrie,
Va fleurir au soleil, ô ma belle chérie !
Fais riche un autre amour et souviens-toi du mien.

Laisse mon souvenir te suivre loin de France ;
Qu'il parte sur ton coeur, pauvre bouquet fané.
Lorsque tu l'as cueilli, j'ai connu l'Espérance,
Je croyais au bonheur, et toute ma souffrance
Est de l'avoir perdu sans te l'avoir donné.

10 janvier 1835

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Albert CAMUS : La chute (1956)

« ...Voyez-vous, cher monsieur, c'était un beau soir d'automne, encore tiède sur la ville, déjà humide sur la Seine. La nuit venait, le ciel était encore clair à l'ouest, mais s'assombrissait, les lampadaires brillaient faiblement. Je remontais les quais de la rive gauche vers le pont des Arts. On voyait luire le fleuve, entre les boîtes fermées des bouquinistes. Il y avait peu de monde sur les quais : Paris mangeait déjà. Je foulais les feuilles jaunes et poussiéreuses qui rappelaient encore l'été. Le ciel se remplissait peu à peu d'étoiles qu'on apercevait fugitivement en s'éloignant d'un lampadaire vers un autre. Je goûtais le silence revenu, la douceur du soir, Paris vide. J'étais content... »

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Ernest HEMINGWAY : Paris est une fête (1964)

« Il n'y a jamais de fin à Paris et le souvenir qu'en gardent tous ceux qui y ont vécu diffère d'une personne à l'autre. Nous y sommes toujours revenus, et peu importait qui nous étions, chaque fois, ou comment il avait changé, ou avec quelles difficultés - ou quelles commodités - nous pouvions nous y rendre. Paris valait toujours la peine, et vous receviez toujours quelque chose en retour de ce que vous lui donniez. Mais tel était le Paris de notre jeunesse, au temps où nous étions très pauvres et très heureux. »

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Jean-Paul SARTRE : La Nausée (1938)

«...Et moi aussi j'ai voulu être. Je n'ai même voulu cela ; voilà le fin mot de l'histoire. Je vois clair dans l'apparent désordre de ma vie : au fond de toutes ces tentatives qui semblaient sans liens, je retrouve le même désire : chasser l'existence hors de moi, vider les instants de leur graisse, les tordre, les assécher, me purifier, me durcir, pour rendre enfin le son net et précis d'une note de saxophone. Ça pourrait même faire un apologue : il y avait un pauvre type qui s'était trompé de monde. Il existait comme les autres gens, dans le monde des jardins publics, des bistrots, des villes commerçantes et il se persuader qu'il vivait ailleurs, derrière les toile des tableaux avec les doges du Tintoret, avec les graves Florentins de Gozzoli, derrière les pages des livres, avec Fabrice del Dongo et Julien Sorel, derrière les disques de phono, avec les longues plaintes des jazz. Et puis, après avoir bien fait l'imbécile, il a compris, il a ouvert les yeux, il a vu qu'il y avait maldonne : il était dans un bistrot, justement, devant un verre de bière tiède. Il est resté accablé sur la banquette ; il a pensé : je suis un imbécile. Et à ce moment précis, de l'autre côté de l'existence, dans cet autre monde qu'on peut voir de loin, mais sans jamais l'approcher, une petite mélodie s'est mise à danser, à chanter : « C'est comme moi qu'il faut être ; il faut suffrir en mesure.» La voix chante :

Some of these days
You'll miss me honey.

On a dû rayer le disque à cet endroit-là, parce que ça fait un drôle de bruit. Et il y a quelque chose qui serre le coeur : c'est que la mélodie n'est absolument pas touchée par ce petit toussotement de l'aiguille sur le disque. Elle est si loin - si loin derrière. Ça aussi, je le comprends : le disque se raye et s'use, la chanteuse est peut-être morte ; moi, je vais m'en aller, je vais prend mon train. Mais derrière l'existant qui tombe d'un présent à l'autre, sans passé, sans avenir, derrière ces sons qui, de jour en jour, se décomposent, s'écaillent et glissent vers la mort, la mélodie reste la même, jeune et ferme, comme un témoin sans pitié...»

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Blaise PASCAL : Pensées. XXIV. Vanité de l'homme (1671) « ...Nous ne nous tenons jamais au présent. Nous anticipons l'avenir comme trop lent, et comme pour le hâter ; ou nous rappelons le passé pour l'arrêter comme trop prompt. Si imprudents, que nous errons dans les temps qui ne sont pas à nous, et ne pensons point au seul qui nous appartient : et si vains, que nous songeons à ceux qui ne sont point, et laissons échapper sans réflexion le seul qui subsiste. C'est que le présent d'ordinaire nous blesse. Nous le cachons à notre vue, parce qu'il nous afflige ; et s'il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l'avenir, et pensons à disposer les choses pour un temps où nous n'avons aucune assurance d'arriver.

Que chacun examine sa pensée. Il la trouvera toujours occupée au passé et à l'avenir. Nous ne pensons presque point au présent ; et si nous y pensons, ce n'est que pour en prendre des lumières, pour disposer l'avenir. Le présent n'est jamais notre but. Le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre objet. Ainsi nous ne vivons jamais ; mais nous espérons de vivre ; et nous disposant toûjours à être heureux, il est indubitable que nous ne le serons jamais, si nous n'aspirons à une autre béatitude qu'à celle dont on peut jouir en cette vie... »

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Victor HUGO : Les Contemplations (préface)

« ...Qu'est-ce que les Contemplations? C'est ce qu'on pourrait appeler, si le mot n'avait quelque prétention, les Mémoires d'une âme.

Ce sont, en effet, toutes les impressions, tous les souvenirs, toutes les réalités, tous les fantômes vagues, riants ou funèbres, que peut contenir une conscience, revenus et rappelés, rayon à rayon, soupir à soupir, et mêlés dans la même nuée sombre. C'est l'existence humaine sortant de l'énigme du berceau et aboutissant à l'énigme du cercueil; c'est un esprit qui marche de lueur en lueur en laissant derrière lui la jeunesse, l'amour, l'illusion, le combat, le désespoir, et qui s'arrête éperdu au bord de l'infini. Cela commence par un sourire, continue par un sanglot, et finit par un bruit du clairon de l'abîme.

Une destinée est écrite là jour à jour.

Est-ce donc la vie d'un homme? Oui, et la vie des autres hommes aussi. Nul de nous n'a l'honneur d'avoir une vie qui soit à lui. Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis; la destinée est une. Prenez donc ce miroir, et regardez-vous-y... »

de Chatillon : Léopoldine au Livre d'Heures (1835)
de Chatillon
Léopoldine au Livre d'Heures (1835)
Maison de Victor Hugo, place des Vosges

Livre quatrième. XIV

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et, quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

3 septembre 1847
-Victor HUGO : Les Contemplations

Hugo a écrit ce poème après la mort (le 4 septembre 1843) par noyade de sa fille aînée, Léopoldine. Il chante d'un amour tendre (au présent et au futur) qui transcende le temps et l'espace.

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Simone de BEAUVOIR : La cérémonie des adieux suivi de Entretiens avec Jean-Paul Sartre août-septembre 1974 (1981)

S. de B. - Sur quoi comptez-vous plutôt pour survive - dans la mesure où vous pensez survive : sur la littérature ou sur la philosophie? Comment sentez-vous votre rapport à la littérature et à la philosophie? Préferez-vous que les gens aiment votre philosophie ou votre littérature, ou est-ce que vous voulez qu'ils aiment les deux?

J.-P. S. - Bien sûr, je répondrai : qu'ils aiment les deux. Mais il y une hiérarchie, et la hiérarchie c'est la philosophie en second et la littérature en premier. Je souhaite obtenir l'immortalité par la littérature, la philosophie est un moyen d'y accéder. Mais à mes yeux elle n'a pas en soi une valeur absolue, parce que les circonstances changeront et amèneront des changements philosophiques. Une philosophie n'est pas valable pour l'instant, ce n'est pas une chose qu'on écrit pour ses contemporains; elle spécule sur des réalités intemporelles; elle sera forcément dépassées par d'autres parce qu'elle parle de l'éternité; elle parle des choses qui dépassent de loin notre point de vue individuel d'aujourd'hui; la littérature, au contraire, inventaire le monde présent, le monde que l'on découvre à travers des lectures, des conversations, des passions, des voyages; la philosophie va plus loin; elle considère que les passions d'aujourd'hui par exemple, sont des passions neuves qui n'existaient pas dans l'Antiquité; l'amour...

S. de B. - Vous voulez dire que pour vous la littérature a un caractère plus absolu, la philosophie dépend beaucoup plus du cours de l'histoire; elle est beaucoup plus soumise à des révisions?

J.-P. S. - Elle appelle nécessairement des révisions parce qu'elle dépasse toujours la période actuelle.

S. de B. - D'accord; mais est-ce qu'il n'y a pas un absolu dans le fait d'être Descartes ou d'être Kant même s'ils doivent être dépassés mais à partir de ce qu'ils m'ont apporté; il y a une référence à eux qui est un absolu.

J.-P. S. - Je ne le nie pas. Mais ça n'existe pas en littérature. Les gens qui aiment Rabelais de tout leur coeur le lisent comme s'il avait écrit hier.

S. de B. - Et d'une manière absolument directe.

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Jean-Paul SARTRE : Les Mots (1964)

« Enfin l'idéalisme du clerc se fondait sur le réalisme de l'enfant. Je l'ai dit plus haut : pour avoir découvert le monde à travers le langage, je pris longtemps le langage pour le monde. Exister, c'était posséder une appellation contrôlée, quelque part sur les Tables infinies du Verbe ; écrire c'était y graver des êtres neufs ou - ce fut ma plus tenace illusion - prendre les choses, vivantes, au piège des phrases : si je combinais les mots ingénieusement, l'objet s'empêtrait dans les signes, je le tenais. Je commençais, au Luxembourg, par me fasciner sur un brillant simulacre de platane : je ne l'observais pas, tout au contraire, je faisais confiance au vide, j'attendais ; au bout d'un moment, son vrai feuillage surgissait sous l'aspect d'un simple adjectif ou, quelquefois, de toute une proposition : j'avais enrichi l'univers d'une frissonnante verdure. Jamais je n'ai déposé mes trouvailles sur le papier : elles s'accumulaient, pensais-je, dans ma mémoire. En fait je les oubliais. Mais elles me donnaient un pressentiment de mon rôle future : j'imposerais des noms. Depuis plusieurs siècles, à Aurillac, de vains ramas de blancheurs réclamaient des contours fixes, un sens : j'en ferais des monuments véritables. Terroriste, je ne visais que leur être : je le constituerais par le langage; rhétoricien, je n'aimais que les mots : je dresserais des cathédrales de paroles sous l'oeil bleu de mot ciel. Je bâtirais pour des millénaires. Quand je prenais un livre, j'avais beau l'ouvrir et le fermer vingt fois, je voyais bien qu'il ne s'altérais pas. Glissant sur cette substance incorruptible : le texte, mon regard n'était qu'un minuscule accident de surface, il ne dérangeait rien, n'usait pas. Moi, par contre, passif, éphémère, j'étais un moustique ébloui, traversé par les feux d'un phare; je quittais le bureau, j'éteignais : invisible dans les ténèbres, le livre étincelais toujours; pour lui seul. Je donnerais à mes ouvrages la violence de ces jets de lumière corrosifs, et, plus tard, dans les bibliothèques en ruine, ils survivraient à l'homme. »

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Paul VERLAINE : Romances sans paroles (1873)

Ariettes Oubliées III

Il pleut doucement sur la ville.
Arthur Rimbaud

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits
Pour un coeur qui s'ennuie
Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui écoeure.
Quoi! nulle trahison ? ...
Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine.

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STENDHAL : Le Rouge et le Noir (1830)

«... Qui sait? Peut-être avons-nous encore des sensations après notre mort... J'aimerais assez à reposer, puisque reposer est le mot, dans cette petite grotte de la grande montagne qui domine Verrières. Plusieurs fois, je te l'ai conté, retiré la nuit dans cette grotte, et ma vue plongeant au loin sur les plus riches provinces de France, l'ambition a enflammé mon coeur : alors c'était ma passion... Enfin, cette grotte m'est chère, et l'on peut disconvenir qu'elle ne soit située d'une façon à faire envie à l'âme d'un philosophe... eh bien! »

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Marcel PROUST: Sur la Lecture (1905)

«... cette amitié pure et calme qu'est la lecture... la lecture, au rebours de la conversation, consistant pour chacun de nous à recevoir communication d'une autre pensée, mais tout en restant seul, c'est-à-dire en continuant à jouir de la puissance intellectuelle qu'on a dans la solitude et que la conversation dissipe immédiatement, en continuant à pouvoir être inspiré, à rester en plein travail fécond de l'esprit sur lui-même. »

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Charles BAUDELAIRE : Les Fenêtres - Petits Poèmes en Prose / Le Spleen de Paris (1861-1864)

«Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n'est pas d'objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu'une fenêtre éclairée d'une chandelle. Ce qu'on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vit, rêve la vie, souffre la vie.»

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Anna de NOAILLES
(1876-1933)

Une odeur de plaisir, de départ :
O, voyage, O divine aventure, appel des cieux lointains !
Presser des soirs plus beaux, baiser d'autres matins,
Se jeter, les yeux pleins d'espoir, l'âme enflammée,
Dans le train bouillonnant de vapeur, de fumée,
Et qui, dans un parfum de goudron, d'huile et d'eau,
Rampe, et pourtant s'élève aux cieux comme un oiseau !

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CHATEAUBRIAND : Atala. René. (1805)

« Mais comment exprimer cette foule de sensations fugitives, que j'éprouvais dans mes promenades ? Les sons que rendent les passions dans le vide d'un coeur solitaire ressemblent au murmure que les vents et les eaux font entendre dans le silence d'un désert : on en jouit, mais on ne peut les peindre. »

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Anne Louis Girodet : Les funérailles d'Atala (1808)
Anne Louis Girodet : Les funérailles d'Atala (1808)
Musée du Louvre

MOLIÈRE « C'est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens. »

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http://membres.lycos.fr/donm/citation.htm
©Copyright 2000-2002 Donald McCaughan

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